LES VIEILLES FORÊTS
SOUS LE REGARD DES SCIENTIFIQUES
Tout comme les forêts primaires, les Vieilles Forêts constituent des trésors écologiques : elles hébergent une biodiversité irremplaçable, jouent un rôle clé dans la régulation du climat et sont essentielles aux cycles de l’eau et du carbone. Elles sont aussi indispensables à la vie des populations qui les habitent.
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C’est quoi une Vieille Forêt ?
Les forêts dites primaires, c’est à dire indemnes de toute modification d’origine humaine, sont rares : nous avons façonné presque tous les recoins de la planète.
C’est ainsi que le concept de « Vieille Forêt » est apparu. Il résulte de la combinaison de quatre facteurs :
— L'ancienneté de l'état boisé : ce sont des forêts anciennes, contemporaines du minimum forestier en Europe, c’est à dire présentes depuis au moins la moitié du XIXeme siècle.
— L’avancement dans la dynamique de l'écosystème : ces forêts sont dominées par les essences des stades terminaux de la succession écologique, les « dryades », longévives et tolérant l'ombre (par exemple Hêtre, Sapin…).
— La maturité du peuplement : Les éléments de maturité sont présents à toutes les phases du cycle sylvigénétique, en quantité et diversifiés. Les sites les plus matures sont constitués d’une mosaïque de peuplements représentant les cinq phases de ce cycle : effondrement localisé, régénération, croissance, maturité, senescence.
— Un impact des activités humaines réduit: L’écosystème actuel est préservé, bien que des vestiges anciens soient souvent présents : exploitation du bois (souches fortement décomposées, couloirs de lançage, résidus de la fabrication du charbon de bois), pratiques pastorales (murs, cabanes), métallurgie, verreries…
Les vieilles forêts représentent au maximum 3% de la surface forestière française et environ 1 % de celle de notre continent.
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Des réservoirs uniques de biodiversité
Les attributs de maturité d’une Vieille Forêt s’apprécient par la quantité et la diversité de dendromicrohabitats, conditionnés par la présence de bois morts et très gros arbres.
Les dendromicrohabitats, c’est-à-dire les singularités morphologiques des arbres, sont des milieux de vie indispensables pour de nombreux organismes, dont certains sont très spécialisés. Ce peut être des mousses, lichens, oiseaux, mammifères, amphibiens, reptiles, mollusques, micro-invertébrés comme certains nématodes, insectes, en particulier des coléoptères, de nombreux champignons…
Dans une Vieille Forêt, le volume de bois mort est important et se présente sous des formes très diverses : debout, au sol, perché dans la canopée, plus ou moins exposé au soleil, dans une large gamme de diamètre et d’essences, couvrant tous les stades de décomposition.Les espèces saproxyliques notamment dépendent du bois en décomposition pendant au moins une partie de leur cycle de vie. C’est le cas par exemple de la mousse Buxbaumie verte (Buxbaumia viridis), de coléoptères comme la Rosalie des Alpes (Rosalia alpina), de champignons comme l’Hydne corail des résineux (Hericium flagellum) ou du Sparassis du Sapin (Sparassis nemecii)…
Toute perte de vieille forêt est irremplaçable à des échelles de temps historiques. Les protéger c’est lutter contre le réchauffement climatique et l’érosion de la biodiversité. L’enjeu crucial de leur préservation est aujourd’hui reconnu. Des éléments de cadrage politiques et des initiatives de protection se mettent en place à l’échelle internationale et locale.

Un arbre-habitat porte des dendromicrohabitats essentiels à de nombreuses espèces pour s’abriter, se reproduire, hiberner ou se nourrir, voire pour les plus spécialisées, pour l’ensemble de leur cycle de vie
Les Vieilles Forêts, sources d’inspiration pour les scientifiques
Les Vieilles forêts sont les derniers spécimens des écosystèmes forestiers développés sur le très long terme. Cette longévité les rend indispensables pour acquérir de nouvelles connaissances sur l’histoire de ces milieux.
Dans le monde, les thèmes de recherches menées dans les forêts naturelles concernent
de nombreux domaines. Le projet de recherche OcciGen, financé par la Région Occitanie dans le cadre de sa stratégie régionale pour la biodiversité, a été conduit par l’unité de recherche « Écologie des Forêts Méditerranéennes » du département scientifique Écologie et biodiversité (ECODIV) d’INRAE.
Il avait plusieurs objectifs, dont le recensement de nouvelles Vieilles Forêt, l’acquisition de nouvelles connaissances sur ces milieux, la description de leur diversité génétique, ainsi que celle des coléoptères, des oiseaux et de la flore, dont l’étude a bénéficié du soutien du métaprogramme BIOSEFAIR (projet BIOFORDIV), l’étude de leur résilience à travers une série d’indicateurs incluant le niveau de stress des arbres, leur capacité de régénération et leur réponse aux variations du climat.
Une collaboration étroite a été établie avec les archéologues, anthracologues, paléoécologues et historiens des laboratoires GEODE et TRACE (CNRS), grâce notamment au projet BOSCA, afin de mieux comprendre et reconstituer leurs histoires millénaires.
Quarante-deux forêts ont été sélectionnées dans le cadre de ce projet: 20 hêtraies, 16 sapinières et 6 pineraies de Salzmann. Elles sont réparties sur 11 départements de la région Occitanie, sept Parcs naturels régionaux : Pyrénées Ariégeoises, Pyrénées Catalanes, Haut-Languedoc, Grands Causses, Aubrac, Causses du Quercy et Corbières-Fenouillèdes ; ainsi que deux Parcs nationaux : Cévennes et Pyrénées.
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Les Vieilles Forêts, porteuses de solutions pour l’avenir
Les services dits « écosystémiques » fournis par les Vieilles Forêts sont particulièrement nombreux et irremplaçables.
- Les Vieilles Forêts sont généralement plus résistantes aux perturbations que les forêts monospécifiques ou fortement modifiées.
- La présence de zones de Vieilles Forêts au sein d’un massif contribue de manière positive aux équilibres naturels des parcelles avoisinantes. Les vieux arbres et les bois morts permettent d’accueillir des espèces participant à la régulation d’insectes déprédateurs (chenilles défoliatrices, scolytes, …).
- La sélection des arbres par les humains est absente, ou ancienne. Ce sont donc des réservoirs génétiques irremplaçables dans lesquels les scientifiques peuvent espérer trouver de nouvelles ressources pour répondre aux problèmes des forêts actuelles
- Les Vieilles Forêts jouent un rôle fondamental dans les cycles biogéochimiques dont la séquestration du carbone et le cycle de l’eau ; elles contribuent ainsi à leur mesure à l’atténuation des effets du changement climatique.
L'ouvrage "Mystérieuses Vieilles Forêts
Un voyage immersif au cœur des écosystèmes préservés"
Editions Ulmer se trouve ici :
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